Programme du concert Invitation aux voyageS

Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, basson, cor et orchestre, K. 297b, Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Alice Barat, hautbois

Michel Bernier, clarinette

Camille Rocher, basson

Gilles Bertocchi, cor (15h30)

Ilan Sousa, cor (18h)

C’est à Paris, en 1778 (à l’âge de 22 ans), que Mozart écrivit cette partition. Œuvre de commande, destinée à mettre en valeur ses amis de Mannheim devant le Concert Spirituel parisien, elle pourrait se contenter de réutiliser les éléments traditionnels de ces concerti à plusieurs instruments qui fleurissaient à l’époque. Mais Mozart n’hésite pas à rendre des chemins originaux : utiliser quatre instruments tout en gardant un dialogue constant et équilibré entre eux, donner une grande place à l’orchestre (ce long premier tutti !) sans jamais empiéter sur les solistes… il met son talent au service d’une partition plus ambitieuse qu’il ne pourrait le sembler. Œuvre composée lors d’un voyage, elle n’hésite pas à faire voyager la musique et annonce la richesse de l’écriture pour vents qui s’épanouira quelques années plus tard lors de la (jeune) maturité de Mozart.

Olivier Moulin

TangoS, Olivier Rabet (1984 – )

TangoS est une invitation à explorer l’univers du tango sous ses différentes formes – tango, valse et milonga, qui prend un malin plaisir à jouer avec les codes.
Élaborée à partir d’un motif unique de quatre notes – Ré bémol Mi bémol Do Mi bécarre – elle fait plus référence à l’âge d’or du tango des années 1950/60 qu’aux œuvres d’Astor Piazzolla, sans toutefois se priver de leur richesse musicale.


TangoS raconte l’histoire tragique de deux amants surpris par le mari adultère. Ce drame est celui du poème Silbando de José Gonzales, daté de 1925 et chanté par les plus grands tangeros :

Lire Silbando
Silbando (1925), de José González Castillo

En sifflotant
(Traduction de Fabrice Hatem)

Une rue dans Barracas, au sud,
Une chaude nuit d’été
Quand le ciel est plus beau
Et plus doux le chant des bateleurs italiens…
Un lampadaire avec sa lumière moribonde
Clignote faiblement dans l’ombre
Et sous un portail
Un amoureux
Parle avec sa bien-aimée…

Et depuis le fond du dock
Pleurant son triste lamento,
L’écho amène l’accent
D’un monotone accordéon.
Et le cri d’un chien vagabond
S’en va déchirant le ciel
Et un rôdeur méditatif
Marche en sifflotant sa chanson…

Une rue…
Un lampadaire…
Elle et lui…
Et, s’approchant, furtive,
Voici l’ombre de cet homme
Qui fut trahi un jour
Par cette ingrate fille
Une plainte et un cri mortels
Et, transperçant la pénombre,
Brille le reflet
De ce poignard
Qui donne le coup fatal…

…Et depuis le fond du dock
Pleurant un triste lamento,
L’écho amène l’accent
D’un monotone accordéon…
Et, dans le souffle de ce son grogneur,
Dont l’écho résonne et se prolonge,
C’est l’âme de la milonga
Qui chante son émotion.

 

Olivier Rabet

4è Symphonie « Italienne », Félix Mendelssohn (1809 – 1847)

«L’Italie est le pays qui dispense le bonheur : la musique je ne l’ai pas trouvée dans l’art lui-même mais dans les musiques, les paysages, les gaités de la nature»

En quelques mots, Félix Mendelssohn nous donne l’une des clefs de son inspiration concernant la « Symphonie n°4 », dite « Italienne ».

Après ses jeunes années de formation où se mêle une appétence pour la métaphysique, l’esthétique, la politique, la théologie… le compositeur originaire de Hambourg débute en 1829 un séjour en Europe. À l’instar de Chopin en France, il devient très vite le protégé en outre-Manche, où l’on apprécie sa personnalité courtoise et sa musique élégante. Au printemps 1830, Mendelssohn découvre l’enivrante Italie. Les cités romaine, vénitienne, napolitaine le subjuguent ; sensible à la nature, à la chaleur, aux couleurs, il collecte des chants, il croque des dessins. Chacun de ses périples est décrit dans de longues lettres adressées à ses proches et agrémentées d’illustrations.

Félix Mendelssohn, Vue de Florence, aquarelle.
Félix Mendelssohn, Vue de Florence, aquarelle.

On ne manquera pas de faire le rapprochement entre la « Symphonie n°4 » de Mendelssohn et l’oeuvre d’Hector Berlioz « Harold en Italie » : les deux musiques se suivent à quelques mois près. On sait que la première rencontre entre les deux hommes eut lieu à Rome en mars 1831 : les deux musiciens romantiques nourrissaient des esthétiques proches. Dans chacune des deux œuvres, on peut entendre leurs impressions italiennes couchées sur la partition ; certaines mélodies transcrites directement du répertoire populaire au style savant.

Ecrite au printemps de sa vie, la « Symphonie n°4 » est achevée et créée à Londres en 1833 par Mendelssohn lui-même,  l’oeuvre ne rencontre pas le succès espéré et le compositeur la retravaillera plusieurs fois jusqu’à son édition en 1851. Néanmoins le succès reste populaire car cette symphonie sonne l’Italie.

A travers une parfaite maitrise du genre dans une orchestration classique (bois par 2), la « Symphonie n°4 » apparaît comme le tableau d’un maitre italien, pittoresque, coloré, aux détails malicieux. Le premier mouvement Allegro vivace débute dans une lumineuse tonalité majeure, celle de la; tonalité qui évoque la chaleur des campagnes romaines. Dans un 2ème mouvement, Mendelssohn « ethnomusicologue » avant l’heure se souvient de chants collectés lors de processions religieuses auxquelles il a assisté. D’humeur mélancolique, le recueillement se fait en ré mineur sur un contrechant régulier et marqué des basses. Après un 3ème mouvement classiquement courtois en forme de menuet à trois temps, le compositeur conclut sa symphonie par un Saltarello rapide (de l’italien salta – saut), directement inspiré par la danse d’une jeune fille que Mendelssohn aurait observé à la Villa Médicis.

Aurélie Vinatier

Flavien Boy, direction

Flavien Boy, direction
Flavien Boy, direction

Passionné par la musique orchestrale et les infinies possibilités d’échange et de partage qu’elle véhicule, le chef d’orchestre Flavien Boy aime tisser des liens originaux, sensibles et inattendus entre les œuvres, les interprètes et les publics.

C’est dans cette état d’esprit qu’il cofonde en 2020 « les Ondicibles », structure qui propose d’insolites actions de médiation musicale : un « Bar à Salades » dans lequel les spectateurs composent une symphonie avec les mêmes ingrédients que Haydn, la série de concerts commentés « Les Gros Mots de la Musique Classique »…

Chef d’orchestre invité (Orchestre Philharmonique de Marseille, Orchestre des Lauréats du Conservatoire National Supérieur de Paris, Orchestre Symphonique Tunisien, Orchestre Buissonnier de Genève, Ensemble Orchestral de Dijon…) il a l’occasion de se produire régulièrement en France et à l’étranger (Cité de la Musique de Tunis, Halle aux Grains de Toulouse, Opéra de Marseille, Grange au Lac d’Evian, Philharmonie de Paris, Guildhall de Londres, Museo del Violino de Crémone, ESMUC de Barcelone…).

Il s’engage par ailleurs auprès d’enfants dans le cadre du dispositif DEMOS – Philharmonie de Paris au sein de l’Orchestre de Paris, en souhaitant transmettre les valeurs inhérentes à la pratique orchestrale : le respect, l’exigence et l’ouverture.

Formé au Conservatoire National Supérieur de Paris, il a suivi les conseils de différentes personnalités musicales (Alain Altinoglu, Susanna Malkki, David Zinman, Tito Ceccherini…) et a eu l’occasion de travailler avec de nombreux orchestres européens (Ensemble Intercontemporain, Orchestre de la Hongrie du Nord, Orchestre Janacek d’Ostrava, Brussels Philharmonic, Orchestre d’Auvergne, Orchestre des Pays de la Loire…).