Entretien avec Christophe MANGOU

Pourquoi avoir proposé ce concert tourné vers la musique espagnole ?

La première flamme qui m’a animé, c’est le flamenco. Je suis passionné par cette musique indissociable de sa danse, par l’énergie qu’elle dégage et son jeu rythmique, et j’ai souhaité partager tout cela en interprétant ces œuvres. Au milieu du programme figure un extrait du Tricorne de Manuel de Falla. L’énergie rythmique de ce morceau « déteint » sur l’Alborada del gracioso de Maurice Ravel et Iberia de Claude Debussy. Ces deux compositeurs français évoquent l’Espagne par l’utilisation des castagnettes ou des pizzicatti de cordes pour imiter la guitare, ou encore en reprenant le jeu rythmique caractéristique, jonglant entre binaire et ternaire. On le retrouve encore dans le concerto pour bandonéon de Piazzolla, compositeur argentin que je vénère ! Nous avons d’ailleurs la chance pour ces concerts d’avoir un soliste à la hauteur du challenge : le bandonéoniste Philippe De Ezcurra !⁠

J’ai donc voulu mettre en lien ces œuvres colorées et vivantes qui me sont chères et montrer comment ces rythmes et timbres espagnols voyagent à travers elles. Lors des concerts, je ferai participer le public afin qu’il ressente ce balancement et ces déhanchements accentués venus tout droit du flamenco !

Quel intérêt trouves-tu à jouer avec des amateurs ?

Je suis très sensible à leur plaisir de jouer et à leur joie de se retrouver autour d’un programme, on sent une vraie ferveur. Un chef peut amener très loin des orchestres amateurs de ce niveau, la progression entre la première répétition et le concert est assez fulgurante car ils sont prêts à tout donner. Iberia est ainsi un vrai défi, tant cette musique, magnifique, peut être délicate à s’approprier, peut-être même plus que le Sacre du printemps !

Évidemment, j’adore diriger des orchestres professionnels, mais je serais très malheureux de ne pas faire de projets avec et pour les enfants, et avec les amateurs. C’est si complémentaire !